Parler de "retour sur investissement de la formation" est quasiment un automatisme lorsque l'on évoque les sujets relatifs à l'évaluation de la formation, à son efficacité, à son efficience, etc. Le fameux "ROI de la formation" est ainsi devenu une expression "tarte à la crème" (à ranger à côté de la formation-investissement, de l'investissement-formation, etc.), vidée de son sens pour avoir été répétée au fil des années sans jamais amener des preuves concrètes et matérielles de cette hypothétique rentabilité de la formation.
Pour s'en convaincre, quelques petites recherches sur le web nous permettent de constater (de déplorer ?) l'emploi de cette expression pour vanter le programme de tel petit déjeuner ("Externaliser la formation pour maximiser le retour sur investissement", sic !), ou pour mettre en avant les fonctionnalités de tel LMS ("Avec notre nouvelle interface de conception des modules de formation en ligne, le ROI est garanti !").
Il est grand temps de dire STOP !
Cet abus terminologique décrédibilise la formation dans son ensemble, notamment aux yeux des responsables financiers qui savent très bien que l'investissement en formation n'est, bien souvent, qu'une vue de l'esprit, tant ils en attendent depuis longtemps la démonstration "comptable".
Il ne suffit pas d'accoler systématiquement le terme "investissement" à la formation pour garantir la rentabilité d'une action de formation : pour parler de retour sur investissement de la formation, il faut être en mesure de démontrer que les bénéfices de la formation (gains et/ou économies) sont supérieurs aux coûts de la formation (directs et indirects).
Or, combien de professionnels de la formation prennent le temps de cette démonstration ? Pour simplifier, rappelons qu'il existe deux grandes méthodes pour évaluer le retour sur investissement :
- La méthode d'évaluation du retour sur investissement de Jack Phillips qui exige une certaine rigueur méthodologique (ex : outils statistiques) à laquelle peu de professionnels des RH et de la formation sont habitués.
- La méthode de l'analyse de l'utilité qui, si elle paraît moins exigeante sur le plan des méthodes, nécessite certains pré-requis organisationnels (en premier lieu, des référentiels de compétences solides et des managers formés pour évaluer les compétences des collaborateurs formés).
Alors avis aux supporters du "ROI de la formation" à toutes les sauces : il est temps de joindre le geste à la parole, de ne pas en rester au stade des incantations façon méthode Coué ("La formation est un investissement, la formation est un investissement...") et de passer à la pratique.
Aux autres, qui ne souhaitent pas s'engager dans une telle démonstration pour différentes raisons (manque de temps, d'argent, de méthodes...) mais qui attendent une démarche pragmatique et réaliste pour démontrer la valeur de la formation, notamment à ceux qui la questionnent (direction générale, responsables financiers, etc.), je vous présenterai dans le prochain article une approche alternative : celle du retour sur les attentes.
Entièrement d'accord Jonathan !
Pour ce qui concerne FEFAUR, nous utilisons le modèle Kirkpatrick-Philips, qu'il faut adapter au contexte et aux besoins de l'entreprise. Par ailleurs ne pas oublier que les projets de formation "méritant" (allocation emplois / ressources) d'être évalués au niveau 5 de cette échelle sont en petit nombre (de l'ordre de 10% au plus, de l'ensemble des projets formation)… Ce que peu de Dép. Formation savent, pensant du coup (à tort) qu'il faudra évaluer tous les projets…
Rédigé par : Micheldiaz | 26 septembre 2011 à 16:43
Merci pour cet article très intéressant.
En plus j'avais raté les 2 sur la mesure et l'évaluation du retour sur investissement des formations.
Rédigé par : MistraFormation | 28 septembre 2011 à 08:50
Merci pour cet article. Il est vrai qu'investir sur la compétence ne peut être analysé en terme seulement comptable. La formation doit pouvoir servir, non seulement l'employabilité des salariés, mais aussi la stratégie et le développement de l'entreprise. Ainsi, quelle est la part de la formation ? Comment l'évaluer? Ce qui est sur, c'est qu'une entreprise ne misant pas sur ses hommes et les nouvelles compétences aura des difficultés, vu la concurrence actuelle, notamment au niveau des TPE PME.
Rédigé par : Raphaël Visnadi | 29 septembre 2011 à 21:47
je cite : "je vous présenterai dans le prochain article une approche alternative : celle du retour sur les attentes."...
-> Mais à quand donc le prochain article ?
Rédigé par : Kloma2 | 02 octobre 2011 à 22:47
Merci Kloma2, votre hâte nous honore ! Jonathan s'y attellera très bientôt, je vous rassure, mais, si vous êtes dans le domaine de la formation, vous savez que c'est la "haute saison" :)
Rédigé par : FX | 03 octobre 2011 à 15:21
Bah... Des fois, on y arrive quand même à "démontrer" un retour sur investissement pour un acte de formation... http://jmbellot.blogs.com/pro/2011/10/le-roi-cest-avant-tout-une-question-dhistoire.html
Rédigé par : jmbellot | 20 octobre 2011 à 21:17
jmbellot : Bien sûr ! On a écrit plusieurs articles à ce sujet dans ce blog et nous l'avons déjà mesuré à Formaeva. Seulement, on trouve que le terme est très, très galvaudé : véritablement démontrer le ROI d'une formation est un acte exigeant en temps, en méthodologie, etc. La plupart des gens qui demandent un ROI à une formation ne sont pas prêts à faire les efforts que sa mesure nécessite.
Rédigé par : FX | 21 octobre 2011 à 12:15
@ FX (Formaeva) : Tout à fait d'accord avec vous.
La détermination d'un ROI nécessite de la part du client et du prestataire une démarche concertée incluant :
1. la détermination a priori d'une batterie d'indicateurs susceptibles d'être impactés par l'acte de formation
2. une mesure ex ante (avant fourniture de l'acte de formation)
3. des mesures régulières ex post (après fourniture de l'acte de formation).
L'autre démarche consiste à appliquer un équivalent de la méthode A/B des qualiticiens du web, à savoir, comparer la performance du groupe des personnes formées avec celle d'un groupe test, de personnes non formées et à apprécier les delta dans le temps.
Quoi qu'il en soit, je suis d'accord avec vous quand vous dites que bien souvent les clients mésestiment leur part de responsabilité dans la détermination du ROI. Elle devrait être totale (puisqu'après tout, peut importe la qualité du formateur ou du contenu, ce qui importe c'est l'utilisation que le client en fera in fine). Pourtant, par un artifice étrange, les clients tendent à faire accroire que c'est le prestataire qui est responsable...
Dangereuse dérive, à mon sens, puisqu'elle risque d'aboutir à des répartitions indues de responsabilité entre les parties et à une confusion sur la nature des engagements (de résultat versus de moyens).
Bien à vous
Jean-Marc
Rédigé par : jmbellot | 26 octobre 2011 à 09:35